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Le secret de Mandela : la conviction de la bonté en tout être humain

Les hommages se multiplient pour souligner l’action du dernier géant politique du 20e siècle. Mais ils ne doivent pas nous faire occulter l’essentiel : la source de son inspiration. En effet, d’où tirait-il la force qui lui a permis de résister à 27 ans d’emprisonnement, puis de conduire son pays de l’apartheid à la démocratie ? Lui-même a fourni à plusieurs reprises la réponse à cette question, mais les commentateurs s’y sont étrangement peu attardés.

Dans son autobiographie Un long chemin vers la liberté, Mandela nous éclaire sur la source de sa résistance : « J’ai toujours su qu’au plus profond du cœur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. (…) L’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire. Même aux pires moments de la prison, quand mes camarades et moi étions à bout, j’ai toujours aperçu une lueur d’humanité chez un des gardiens, pendant une seconde peut-être, mais cela suffisait à me rassurer et à me permettre de continuer. La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher mais qu’on ne peut jamais éteindre » .
Même celui qu’il considérait comme le commandant « le plus barbare » de sa prison a su exprimer un jour une preuve d’humanité, ce qui a conduit Mandela à conclure qu’en définitive, il « n’était pas méchant ; son inhumanité s’était développée en lui à cause d’un système inhumain. Il se conduisait comme une brute parce qu’on récompensait son comportement de brute. »
Une fois libéré, Mandela va mettre à profit cette leçon au cours des négociations qui conduiront à la naissance d’une nouvelle Afrique du Sud, puis dans sa fonction de président. Dans un discours prononcé en mai 2004, à l’occasion du dixième anniversaire de la démocratie dans son pays, il a déclaré : « Mon souhait est que les Sud-Africains n’abandonnent jamais la croyance en la bonté, qu’ils chérissent cette foi dans les êtres humains comme étant la pierre d’angle de notre démocratie. (… ) Des ennemis sont parvenus à négocier une transition pacifique de l’apartheid vers la démocratie car nous étions prêts à accepter la capacité inhérente pour la bonté chez l’autre. »
Ce postulat de la bonté potentielle chez tout être humain était donc chez Mandela, à la fois une conviction profonde et une démarche stratégique. Il était en effet certain que c’est la manière la plus efficace de faire émerger le meilleur chez l’autre.
Richard Stengel, le journaliste qui l’a certainement le mieux connu – il l’a côtoyé pendant près de 20 ans et a co-écrit son autobiographie -, affirme que Mandela regardait toujours l’autre comme vertueux, jusqu’à preuve du contraire . « Mandela, écrit-il, s’intéresse à ce qu’il y a de positif, de constructif, chez quelqu’un. Et il le fait pour deux raisons. D’abord parce qu’il voit d’instinct le bien chez autrui, ensuite parce qu’il croit, intellectuellement, que le fait de voir le bien chez les gens est susceptible de les rendre meilleurs. (…) On va avoir l’impression que je vois trop le bien chez les autres, m’a dit un jour Mandela. C’est une critique que je suis bien obligé d’essuyer, et dont j’ai essayé de tenir compte. Mais quoi qu’il en soit, c’est une chose que je crois profitable. Il est bon de l’assumer, et d’agir en se fondant sur l’idée que les autres sont intègres et dignes. Voir ainsi ceux avec qui vous travaillez attire l’intégrité et la dignité. J’en suis persuadé. »
Cette victime emblématique de l’apartheid a très clairement exprimé son refus de la vengeance, son choix en faveur du pardon et de la réconciliation. Dans un texte remarquable, intitulé Nous devrions pardonner, mais ne pas oublier , il déclare que la quête d’une réconciliation a été l’objectif fondamental de son combat pour l’instauration d’un gouvernement démocratique, puis il parle du pardon, très différent de l’oubli. Pour lui, « Les Sud-Africains doivent se souvenir du terrible passé, de façon à pouvoir le gérer, pardonner quand le pardon est nécessaire mais ne jamais oublier. En nous souvenant, nous nous assurons que plus jamais une telle barbarie ne nous meurtrira et nous supprimons un héritage dangereux qui reste une menace pour notre démocratie ». Il a d’ailleurs concrètement montré la voie en invitant chez lui, pour le thé, le magistrat blanc qui l’avait condamné à perpétuité au bagne et en recevant à déjeuner les veuves des fondateurs de l’apartheid. Il a également demandé à son geôlier blanc d’assister, en tant qu’invité d’honneur, à la cérémonie d’investiture comme président.
Le fondement philosophique de sa conviction consiste en l’ubuntu, qui signifie la bonté naturelle, le sentiment d’une commune humanité, la générosité, la gentillesse, la grandeur d’âme. En d’autres termes, être véritablement humain c’est être bon. Un proverbe sud-africain dit : « Umuntu ngumuntu ngabantu », ce qui signifie « Un être humain est un être humain au travers des autres êtres humains. » Nelson Mandela définit ainsi l’ubuntu : « le sentiment profond que nous ne sommes humains qu’à travers l’humanité des autres ; que s’il nous est donné d’accomplir quelque chose en ce monde, le mérite en reviendra à parts égales au travail et à l’efficacité d’autrui. » L’ubuntu fut au cœur de la démarche de réconciliation initiée par Nelson Mandela en Afrique du Sud et a permis que son pays passe de l’apartheid à la démocratie sans effusion de sang.
Cette conception de l’être humain, très différente de celle qui prévaut dans l’esprit de beaucoup de nos contemporains, rejoint de récentes découvertes dans diverses disciplines (neurobiologie, psychologie du bébé, anthropologie, psychologie sociale, économie expérimentale, primatologie) .
Et si la certitude de la bonté humaine, dans un contexte de terrible violence, a pu transformer l’Afrique du Sud d’hier, pourquoi ne serait-elle pas demain le fondement d’un projet de société pour la France et le monde ?

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