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Il y a cinquante ans : I have a dream

Il y a tout juste 50 ans, le 28 août 1963, Martin Luther King prononçait son fameux discours I have a dream devant une foule de 250 000 personnes réunies à Washington.




C’est peut-être le discours le plus célèbre au monde, probablement présent dans toutes les anthologies de discours.

Si j’écris sur Martin Luther King aujourd’hui, c’est parce c’est l’une des personnes qui a le plus marqué mon regard sur le monde et sur l’être humain. J’ai notamment été objecteur de conscience (j’ai même fait de la prison avant d’obtenir mon statut…), et c’est en partie à la lecture de ses écrits et discours que je dois cette orientation.
I have a dream est impressionnant à la fois sur le fond et sur la forme.

Sur la forme, tout d’abord : le passage précis I have a dream se situe vers la fin d’un discours d’environ ¼ d’heure. Jusqu’alors, Martin Luther King avait suivi son texte, mais à un moment, il lance « Je vous le dis aujourd’hui, mes amis, en dépit des difficultés et des frustrations du moment, j’ai toujours un rêve ». A partir de ce moment, tout change : Luther King ne lit plus son texte, le ton de sa voix s’élève petit à petit, sa fougue d’orateur prend progressivement toute sa mesure. Il est finalement porté, sublimé par une inspiration qui le dépasse, jusqu’à la fin de son propos.

Sur le fond, ensuite et surtout. A cette époque, la révolte chez les Noirs (et chez les Blancs qui soutenaient leurs revendications) se répartissait entre la volonté d’action violente (incarnée notamment par Malcom X) et non-violente. Martin Luther King était parfois critiqué pour sa méthode, qui n’apportait pas de résultats suffisamment rapides aux yeux de certains. Ce grand leader n’a cependant jamais hésité à fustiger avec force le comportement de responsables politiques bien intentionnés, mais trop prudents, ou plus encore de dirigeants clairement racistes.
Mais en cet instant, que l’on pourrait qualifier de moment de grâce, il est à la fois le leader charismatique appelant au changement social et le pasteur appelant à l’amour et à la fraternité :

« Je rêve qu’un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils d’anciens esclaves et les fils d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. (…) Je rêve qu’un jour (…) les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront se prendre par la main avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches et marcher ensemble comme frères et sœurs. »

Qu’en est-il aujourd’hui de ce rêve ? Sur le versant positif, il est évident que la situation globale des Noirs est bien différente de celle qu’elle était il y a 50 ans. N’oublions pas que le mouvement pour les droits civiques a été initié par un geste bien simple : le refus d’une femme noire courageuse, Rosa Parks, de laisser sa place assise à un homme blanc, dans la ville de Montgomery. Elle fut ensuite arrêtée pour violation des lois sur la ségrégation entre Noirs et Blancs. Cet événement conduira à un vaste boycott des bus de la ville, co-organisé par Luther King. Aujourd’hui, l’obligation qui fut imposée à Rosa Parks paraît surréaliste. A l’époque, c’est le comportement de cette femme qui était quasiment inconcevable. Par ailleurs, il est certain que si le mouvement pour les droits civiques, dont Luther King devint le leader, n’avait pas existé, Barack Obama n’aurait certainement pas été élu président des Etats-Unis. Celui-ci a d’ailleurs rendu hommage à plusieurs reprises à Luther King dans ses discours.

Cela dit, la situation est encore loin d’être idéale, malheureusement. Plus les années passaient, plus Luther King a élargi sa vision. Son action concernait initialement la situation des Noirs, puis il a pris conscience que le vécu des Blancs pauvres était aussi dramatique que celui des Noirs pauvres ; il s’est ensuite publiquement engagé contre la guerre du Vietnam. La tâche était immense, donc. Elle l’est toujours aujourd’hui, même si le contexte n’est plus le même.

Dans un autre discours, prononcé précisément à l’époque du boycott des bus, Luther King déclarait ceci, en réaction aux deux tentations opposées de la passivité et de la violence face à l’injustice : « Une troisième voie s’ouvre à notre quête de liberté et c’est la résistance non-violente, qui combine la fermeté de l’esprit et la tendresse du cœur. (…) Par la résistance non-violente, nous serons capables de nous opposer au système injuste en même temps que d’aimer les auteurs de ce système. » 1

Le rêve d’amour et de fraternité de Martin Luther King est plus que jamais d’actualité.

1- King M. L., La force d’aimer, Casterman, 1964 p. 22.

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